Imaginez une jeune fille française de 15 ans. Elle rit avec ses amis, va en cours, fait de la musique. Ses longs cheveux roux se bousculent au rythme de la musique qui émane de son violoncelle, instrument qu’elle manipule habilement, certainement à force de longues années de patience et de travail. Et pourtant !

Quelques semaines plus tard, cette même jeune fille a toujours 15 ans. Elle ne rit plus avec ses amis, enfin le peu qui lui reste. Elle quitte les cours plus tôt pour aller prier un dieu dont elle sait peu de choses et n’a pas touché à son violoncelle depuis longtemps. Ses cheveux sont à l’étroit sous son voile intégral qu’elle s’obstine à porter.

Vous l’aurez compris, l’article que vous allez lire ne va pas être des plus légers. « Le ciel attendra », réalisé par Marie Castille Mention Schaar est engagé. Cette réalisatrice talentueuse traite en profondeur le problème de l’embrigadement des jeunes français(es). Autant dire que le sujet n’est pas facile.

La jeune Sonia complètement perdue
La jeune Sonia complètement perdue

Je n’ai vraiment pas envie de vous gâcher le film en dévoilant des passages qui m’ont marqués. Je dirai simplement que le scénario est particulièrement bien construit, que les scènes sont poignantes et sonnent juste et que le pathos inutile est absent au profit d’une réalité brutale qui touche les adolescents comme leur famille. On ne va donc pas détailler plus que ça ce film mais parler du fait d’actualité qui gravite autour de lui.

Je vous encourage véritablement à aller constater par vous même un sujet de société extrêmement grave, abordé d’un point de vue oublié : le point de vue interne, celui des familles de victimes. Car n’oublions pas que même si les jeunes enrôlés arrivent parfois à commettre l’irréparable, ils sont d’abord victimes d’une propagande et d’un système de recrutement terriblement efficaces. Après les attentats qui ont frappé la France ces deux dernières années, une conclusion est tombée : les jeunes se radicalisent en majorité sur Internet. Pas dans les prisons, pas dans les mosquées, mais bien sur Internet.

Le film tire cette force de ce constat. Aucun djihadiste n’est montré, renforçant la présence du mal virtuel qui ronge ces jeunes adolescentes. Marie Castille Mention Schaar s’est énormément documentée pour servir son scénario si poignant. Elle a convaincu Dounia Bouzar de la laisser intégrer son association (« Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam ») à travers laquelle elle aide les jeunes à se déradicaliser. Elle joue d’ailleurs son propre rôle dans le film.

Mélanie en train de visionner la propagande de l'EI
Mélanie en train de visionner la propagande de l’EI

La réalisatrice du film met également en relief la stratégie argumentaire utilisée par les rabatteurs de Daesh. Ces derniers utilisent l’Islam comme passerelle pour accéder à des jeunes fragiles dans les quartiers difficiles mais pas seulement. L’embrigadement des jeunes filles va beaucoup plus loin, recrutant dans la classe moyenne voire supérieure (plus de la moitié selon la réalisatrice !). Les recruteurs jouent alors sur l’utopie brisée de la jeunesse, sur de faux rêves qu’ils pourraient avoir en mettant en avant les méfaits de la société de consommation occidentale.

Enfin, il est important de souligner le casting formidable de ce film. On retrouve beaucoup d’acteurs des Héritiers (film de 2014 également réalisé par MCMS) comme Noémie Merlant, Naomi Amarger, Ariane Ascaride et Stéphane Bak qui ont tout à fait leur place. Je le précisais au début mais le rôle des parents est primordial et parfaitement bien exécuté par Sandrine Bonnaire, Zinedine Soualem et Clothilde Courau pour ne citer qu’eux.

Je finirai cet article en vous encourageant une fois de plus à aller voir ce film, pour comprendre les événements pas simplement par le biais des médias. Et, je vous encourage à aller voir ce film pour comprendre qu’aucune cause idéologique se servant d’une religion en crise ne mérite qu’on meure pour elle et pour faire comprendre à ses partisans que le ciel … attendra !

Photo de l'affiche du film
Photo de l’affiche du film

En bonus !

Retrouvez ci-dessous l’émission de radio dans laquelle est passée cette chronique (à partir de 13′) ! 🙂

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